Sadegh Souri

 

Immergé dans le quotidien de jeunes femmes condamnées à mort et dans l’attente de leurs exécutions  Sadegh Souri, photographe iranien, interroge la liberté et la place de la femme dans son pays natal. Son intérêt pour le sujet fait de son oeuvre une documentation du quotidien en Iran à travers des portraits mélancoliques en noir et blanc de filles privées de liberté.

 

 

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L’oeuvre photographique  de Sadegh Souri est largement parcourue par la thématique du féminin. Aussi, plusieurs de ses documentaires ont pour sujet principal les enjeux que l’identité féminine impose ce qui lui vaut de remporter en 2015 le prix Story Telling Visuel organisé par Lens Culture.

Sa série « Waiting girls »  représente plusieurs semaines de travail documentaire, plongé dans le quotidien de jeunes filles enfermées dans un centre de correction pour mineurs. Leurs âges varient entre neuf et dix-huit ans. Elles sont condamnées à mort pour différents motifs : vol, usage ou possession de drogues, meurtre… Elles seront exécutées une fois l’âge de dix-huit ans atteint. Les autres seront libérées après avoir purgé leurs peines.  Cependant, la réinsertion dans la société iranienne ne leur est pas promise.

 

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Sensible à la condition de ces jeunes femmes, Sadegh Souri décide de créer cette série de photographies car il paraît nécessaire de donner à voir au monde ce qu’il qualifie lui-même de tragédie. L’un des événements le plus marquant selon lui s’est produit lorsqu’il a posé la question de la difficulté de vivre enfermé à l’une des jeunes filles. Il se souvient qu’elle a explosé en sanglots. Cela lui a fait prendre conscience du drame qu’elles vivent. Pour réaliser « waiting girls », il a dû demander plusieurs autorisations gouvernementales qu’il a finies par obtenir pour 20 jours seulement. La conjoncture actuelle de l’Iran aurait pu lui valoir la censure en cas contraire.

Le choix du noir et blanc s’est imposé à lui lorsqu’il a remarqué l’absence de couleurs dans le centre en question. Les prisonnières sont affublées de tchadors monochromes et de foulards noirs ou blancs.

 

« En prison, comme dans la vie de ces filles il n’y a pas de couleurs. Le noir et blanc était plus une évidence qu’un choix»

Sur l’un de ses clichés on peut voir les jambes de trois détenues les unes derrière les autres. Elles attendent en file, leurs plateaux repas en mains : des journées rythmées par la même routine pesante, en attendant la fin… L’auteur prend toujours soin de ne pas prendre en photo leurs visages, afin d’éviter d’éventuelles répercussions.

 

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« Au début je devais passer du temps avec les filles pour essayer de me rapprocher d’elles. Elles étaient très apeurées mais nous avons fini par tisser de vrais liens d’amitié. Pour elles j’étais plus qu’un simple photographe. C’était difficile, parfois je faisais des cauchemars où l’une d’elles était exécutée.»

Certains de ses portraits ont pour fond des murs gradués de mesures, caractéristiques des prisons et commissariats, ce qui ancre d’avantage ses sujets dans un univers d’incarcération pénitencier. Ces jeunes filles ne sont représentées que par l’enfermement et le liberticide : enfermées dans un corps maudit dans cette société patriarcale, dans un centre de détention, dans un carcan, dans une vie qu’elles n’ont pas choisie, et enfin dans un rôle qu’elles sont continuellement obligées de jouer car aucun instant d’intimité ne leur est concédée.

 

 

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« C’était très difficile de se rapprocher de ses filles et de sentir leur souffrance. Personne ne mérite d’être dans leur situation. La plus-part d’entre-elles n’ont pas eu d’éducation et on grandit dans des conditions très difficiles. Sinon elles ne seraient pas là où elles sont aujourd’hui. Mon projet aurait peu de sens si je n’essayais pas d’apporter mon aide à ces jeunes femmes. Le projet aurait peu de sens si je ne m’engageais pas à apporter mon aide à ces jeunes femmes…»»

 

 

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Contrairement à la série sur les jeunes filles incarcérées, son travail documentaire sur les risques pris par les contrebandiers de diesel est saturé de couleurs. Le trafic d’essence est un métier lucratif en Iran. De ce fait, des hommes de tout âge traversent la frontière qui sépare le pays du Pakistan afin de revendre des centaines de litres d’essence illégalement. Ce métier est choisi par ces derniers faute de moyens, ils risquent leurs vies pour assurer le confort de leurs familles. Des corps mutilés illustrent la dangerosité de leurs activités: les transporteurs se font parfois tirer dessus par les forces de l’ordre. Dans ce cas-là, le convoi peut exploser et réduire les travailleurs en cendres. Les clichés les plus durs montrent des familles en deuil, les portraits de leurs proches morts entre les mains.

 

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Son dernier projet est axé autour de portraits de jeunes adolescentes forcées de se marier à des hommes qui dépassent la quarantaine. Sadegh Souri refait le choix du noir et blanc, une manière pour lui de témoigner du tragique de ces situations, faisant écho à l’enferment.

 

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Sadegh se donne pour ambition de révéler un Iran ou la femme, un des sujets récurrents de l’artiste, n’a pas son mot à dire. Son oeuvre est à l’image de ces femmes condamnées pour de multiples raisons – enfermement, mariage forcés, diktats religieux … Il souligne le fait que la plupart de ces femmes regrettent amèrement les actes qu’elles ont pu commettre par le passé. Toutefois, il n’est pas certain qu’elles se voient offrir une seconde chance. Il met en scène l’aliénation du deuxième sexe enfermé sans cesse, dans un pays ou le mâle fait et défait la loi.

 

http://sadeghsouri.ir/

 

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Miriam HADDAD

Étudiante en Lettres Modernes

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